Le pouvoir
constituant palestinien
Une tentative de
réconciliation entre les processus de (re)construction nationale, de paix et de
démocratisation
Dr. Iur. KHALIL Asem
Docteur en Utroque Iure
Doctorant en Droit Public
Fribourg, 3/3/2004
1. Introduction:
1.1. Le processus de la
constitutionnalisation de l’entité palestinienne fait face à des défis sérieux,
spécialement en relation à trois autres processus : le processus de
construction nationale (ou de reconstruction nationale) Palestinienne, de paix
et de démocratisation. Les palestiniens essayent de traiter ces défis sans
aucune orientation spécifique ; cela cause des prises de position
contradictoires qui ont des conséquences négatives sur les trois
processus.
1.2. Le conflit
israélo-palestinien est lié à une occupation militaire israélienne des
territoires palestiniens depuis 1967. Aucune résolution pacifique du conflit,
donc, n’est possible sans donner au peuple Palestinien la possibilité d’établir
leur propre état, sur leur territoire. Toutefois, la résolution du conflit ne
dépend pas uniquement du territoire. La paix nécessite une réconciliation entre
les deux peuples qui ont souffert – et continuent à souffrir- à cause d’un
conflit long et sanglant. La réconciliation signifie, avant tout, la découverte
de soi-même et de sa propre identité mais aussi la découverte de l’autre,
exactement comme il est, ou bien comme il voudrait être considéré.
1.3. Les Palestiniens et les Israéliens
peuvent découvrir leur identité nationale seulement l’une en relation (pas
nécessairement en conflit) avec l’autre parce que l’une est le miroir de
l’autre. Cela signifie que les palestiniens ne peuvent pas simplement ignorer
l’existence du nationalisme de l’autre qui a motivé leurs sacrifices pendant
presque un siècle. En plus, « grâce » au conflit avec le sionisme sur
un territoire précis (la Palestine Mandataire) considéré par les deux groupes
comme « pays d’origine », les palestiniens ont accentué leur
nationalisme beaucoup plus que toutes les autres populations Arabes.
1.4. L’intérêt international
de préparer une constitution exemplaire pour l’état Palestinien, prévu par la
« Road Map », doit prendre en considération ces trois processus et
essayer de les réconcilier, à travers les mécanismes traditionnels mais aussi à
travers des mécanismes innovateurs et adaptés au cas arabo-palestinien.
1.5. L’exercice du pouvoir constituant par le peuple souverain,
selon la théorie classique du pouvoir constituant, ne peut être l'objet
d'aucune limitation. Les événements actuels montrent que cette théorie ne peut
plus être valable pour le contexte mondial actuel et selon les pratiques des
états et surtout selon la pratique des organisations internationales, avec,
d’un côté, l’augmentation du nombre des états, et de l’autre, l’impossibilité
de délimiter la nation dans le cadre d’un état national.
1.6. En fait, nous remarquons
que l'intervention directe substitue quasi-complètement le rôle du peuple,
surtout dans les phases initiales de la préparation de la constitution. Le rôle
du peuple reste confirmatif d’un texte préparé « ailleurs », qui
reflète, dans le meilleur des cas, la préoccupation internationale de
sauvegarder un traité de paix, d’assurer le respect des principes considérés
comme universels, ou bien de distribuer les pouvoirs d’une manière qui respecte
la diversité, ou, dans le pire des cas, d’autres intérêts, qui ne reflètent pas
nécessairement le bien du peuple, ou bien des peuples intéressés.
2. La constitution
2.1. Nous allons considérer trois
moments historiques : le moment du passé, du présent et du futur qui sont
liés à la conscience de soi-même (processus du construction nationale), avec
l’autre (processus du paix) dans le contexte de légitimité et reconnaissance
internationale (processus de démocratisation). La bonne interrelation de ces
trois processus n’est pas évidente car les priorités de l’un peuvent se heurter
avec ceux de l’autre ; or, de cela dépend la réalisation d’une paix
durable qui sera basée sur des droits nationaux, réalisés par la négociation
sans négliger les principes et les résolutions internationales.
2.2. La constitution veut
présenter un projet qui sera, d’un côté, l'achèvement des trois processus, et
de l’autre côté, justement le meilleur départ pour une nation palestinienne
reconstruite, qui choisit la paix avec Israël et accepte son voisinage et pour
cela adhère aux principes considérés comme universels.
3. Les trois processus dans
le contexte Palestinien
3.1. La (re)construction
nationale
3.1.1. Le nationalisme
Palestinien est parmi les nationalismes les plus forts au Moyen Orient. Il
s’est développé en étroite connexion avec le nationalisme arabe, soit, au
début, dans son sens extrême (finalisé à la construction d’un seul état pour
tous les Arabes), soit, plus tard, dans son sens modéré et pragmatique, qui
coexiste avec les états territoriaux arabes actuels. Or, ces états arabes
modernes connaissent la crise la plus sérieuse et dangereuse pour leur
stabilité sinon pour leur existence même.
3.1.2. Dans la continuelle
recherche d’une propre identité arabe et d'une spécificité palestinienne, le
peuple palestinien entend faire ses premiers pas dans la modernité. Or, ce
processus est accompagné par un phénomène (relativement) nouveau : la
référence à l’Islam, soit par les gouvernants, pour légitimer leur autorité,
soit par les opposants (surtout les groupes appelées « islamistes »)
pour les délégitimer.
3.2. Le processus de paix
3.2.1. La communauté
internationale partage presque unanimement la conviction que la résolution du
conflit israélo-palestinien est nécessaire pour la stabilité dans la région. Le
processus de paix, commencé au début des années 1990, entre le gouvernement
d’Israël et l’organisation pour la Libération de la Palestine (OLP) a été
formalisé dans plusieurs accords, notamment la Déclaration de principes qui ne
doit pas être considérée comme un accord de paix, mais comme une déclaration
des intentions pacifiques par les représentants légitimes des deux peuples
intéressés. Cela signifie une reconnaissance de l’existence de l’autre et de
son droit à cette existence, et donc à la sécurité et au développement. Le
processus de paix de Oslo a failli et a ajouté de la confusion à une situation
déjà compliquée.
3.2.2. Un des effets les
moins considérés mais –à mon avis- les plus graves, des accords d’Oslo est
l’accentuation de la distinction entre les Palestiniens de la Cisjordanie et de
Gaza, d’un côté, et les autres Palestiniens, dispersés dans le monde, et
surtout ceux qui vivent encore dans les camps de réfugiés. Cela résulte
nécessairement de la distinction faite entre ce qui est transitoire et ce qui
est permanent.
3.3. Le Processus de la
démocratisation
3.3.1. L’Autorité Nationale Palestinienne (ANP) -créée grâce aux
accords avec Israël, mais légitimée toujours par l’OLP ou par les élections de
1996- existe et fonctionne d’une manière quasi-étatique, même si elle est
privée dune réelle juridiction souveraine. Ce qui cause un certain
chevauchement entre les institutions de l’ANP et celles de l’OLP. Une confusion
qui a signifié une augmentation de l’autoritarisme dans les territoires sous
juridiction palestinienne et du manque de transparence. Ce qui se reflète aussi
dans les procédures de préparation de la constitution. En fait, un des
résultats les plus remarquables d’Oslo est la distinction entre le
« transitoire » et le « permanent » dans un processus.
3.3.2. La mise en place d’une
constitution dans le contexte palestinien s’est montrée être une tâche
compliquée. En même temps, la communauté internationale a montré un intérêt
exceptionnel à l'égard de ces efforts; ce qui s'est exprimé à travers des
financements ou des consultations de la part des spécialistes très compétents.
La communauté internationale voulait participer activement aux efforts de
construction d'une administration transparente et compétente dans les
territoires palestiniens, qui respecte l’état de droit et les droits de
l’Homme, et qui tient compte des principes fondamentaux de la démocratie et de good
governance.
3.3.2. Ces principes
répondent, avant tout, aux aspirations de la société palestinienne, qui a
participé aux efforts de constitutionnalisation de l’entité palestinienne à
travers des conférences ouvertes au public et, surtout, à travers le travail
des différents, et assez nombreuses, organisations non gouvernementales (ONG)
internationales et locales présentes dans les territoires palestiniens, soit
pour la préparation de la Loi Fondamentale pour l’ANP soit pour la préparation
de la Constitution pour l’état palestinien.
4. Liens avec d’autres
domaines
Le processus de
constitutionnalisation dans le contexte Palestinien sera, en fait, en relation
avec les trois différents processus qui sont liés à trois différents domaines
d’études :
4.1. Ethique de l’utilisation
de la Force
4.1.1. Israël a occupé les
territoires palestiniens en 1967 et a toujours refusé l’application du Droit
International Humanitaire (que ce de l’Haye ou de Genève), en contradiction avec les différentes
résolutions des Nations Unies. Les Palestiniens, de leur côté, ont choisi, au
début, le combat comme moyen de « libération » de la Palestine.
4.1.2. Être combattant et
être réfugié a distingué le Palestinien pour des décennies. Or, les
Palestiniens ont renoncé à l’utilisation de la violence pour la libération de
la Palestine et ont choisi la voie de la négociation directe. L’échec des
négociations avec Israël, d’un côté, et l’impuissance de l’ANP, de l’autre, a
eu comme conséquence l’augmentation du soutien populaire pour les fractions
palestiniennes qui continuent à voir dans le combat le seul moyen de libération
de la Palestine.
4.1.3. L’utilisation de la
force par les Palestiniens est-elle consentie par le droit international,
surtout devant la continuation de reniement Israélien à finir l’occupation et
l’augmentation des colonies, et devant la construction d’un mur, qui imposera
des faits accomplis ? Si oui, l’utilisation de la force, est-elle
consentie à tout prix ?
4.2. Histoire et politique de
réconciliation
4.2.1. La paix n’est pas une
alternative mais la seule solution. La paix ici est celle basée sur la
justice ; pour cela, la paix a besoin de réconciliation qui ne signifie
guère de renier l’histoire mais, au contraire, de regarder cette douloureuse et
sanglante histoire et de considérer le conflit avec cette dimension historique.
Seulement en faisant ainsi, le deux peuples pourront considérer l’existence de
l’Autre et accepter comme titulaire des droits inaliénables. Le future des deux
peuples dépend de la manière dont ils pourront vivre ensemble, en bon
voisinage, et, à terme en construisant une confiance mutuelle.
4.2.2. Le conflit
israélo-palestinien est un des conflits les plus compliqués dans le monde, car
il y a un mélange entre religion, politique, droit, économie et culture. Malgré
cela, les différentes expériences peuvent donner des indices et des exemples
utiles pour la résolution de ce conflit. Réaliser la paix est beaucoup plus
difficile que commencer une guerre ; la réconciliation est beaucoup plus
compromettante que la vengeance.
4.3. Les Droits de l’Homme
4.3.1. Le respect des droits
fondamentaux de l’Homme semble avoir la priorité sur la souveraineté des états
modernes car ils constituent des limitations de manœuvre des états
contemporains. Aucun état ne peut justifier les violations les plus graves
contre ces droits par le fait de « juridiction interne ».
4.3.2. Les Palestiniens sont
conscients de l’importance des ces droits et principes, considérés comme
universels qui ne sont pas liés uniquement à une culture mais à toute la
communauté internationale. Pour cela les représentants du peuple palestinien
(soit l’OLP, soit l’ANP) ont exprimé leur intention d’adhérer aux conventions
internationales et de les traduire en droit interne, notamment à travers la
constitution.
4.3.3. La communauté
internationale est particulièrement intéressée à la démocratisation de l’entité
palestinienne ; elle a fait pression –et a obtenu partiellement ce qu’elle
voulait- pour faire des réformes dans l’ANP et adopter une constitution qui
garantie le respect de l’état de droit, des principes démocratique et de good
governance.
5. Importance de la réconciliation
entre les trois processus
5.1. Le processus de
constitutionnalisation n’est pas accompli dans le contexte palestinien. La
comité en charge, a préparé trois projets de constitution pour l’état Palestinien
(le premier projet était prêt en février 2001, le deuxième et la troisième en
février et mars 2003 respectivement). Les procédures de la mise en acte de la
commission en charge et les discussions et les contributions du public sont
notamment élevées et remarquables.
5.2. Les procédures prévues
par le troisième projet sur les procédures pour l’adoption de la constitution
sont d'une grande importance car il est nécessaire de savoir qui est le
titulaire du pouvoir constituant. En effet, cela est décisif pour décider qui
exercera effectivement ce pouvoir. Il y a différentes orientations :
5.2.1. Le titulaire du
pouvoir constituant est le peuple palestinien (comme ethnos). Ainsi,
l’OLP joue un rôle indispensable car il n’est pas question de faire participer
directement tous les palestiniens dispersés dans le monde.
5.2.2. Le titulaire du
pouvoir constituant est le peuple (comme demos) et donc comme l’ensemble
des citoyens (futurs citoyens de l’état palestinien, notamment les résidents de
Gaza et de la Cisjordanie), qui ne se coïncide pas nécessairement avec le
peuple comme ethnos.
5.3. Ile est de grande
importance que les palestiniens préparent une constitution réconciliatrice des
trois processus (reconstruction nationale, paix et démocratie) car ils sont
étroitement liés et interdépendants.
Asem Khalil. Né à Zababdeh,
en Cisjordanie/Territoires Occupées Palestiniennes en 1976. B.A. en philosophie (1997). Maîtrise, DEA, Doctorat
en droit (Utriusque Iuris) à l’université du Lateran à Rome en 2003. Actuellement,
doctorant en droit public à l’université de Fribourg/Suisse. Titre proposé : « Le Pouvoir
Constituant du peuple Palestinien ». Vous pouvez contacter l’auteur de la
thèse à : asemkhalil@yahoo.com